Hé oh La Droite ??

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Tandis que le nouveau gouvernement met en œuvre, par l’intermédiaire d’un Premier Ministre et des Ministres de l’Economie et du Budget – membres des Républicains – des réformes longtemps réclamées par la Droite (flexibilité du Droit du Travail, suppression partielle de l’ISF, abaissement des impôts par la suppression de la taxe d’habitation, réduction des cotisations salariales, etc.), les Républicains offrent à leurs militants un spectacle pénible en tentant d’exclure de leur parti les pilotes de ces réformes…

Retour sur les 6 derniers mois chaotiques des Républicains :

Avril 2017. François Fillon, dans un excès de témérité (ou d’égoïsme ?) transforme une victoire acquise d’avance en lourde défaite dès le premier tour derrière Marine Le Pen.

Mai 2017. Emmanuel Macron annonce la composition du nouveau gouvernement avec des membres des Républicains à des postes clés : Edouard Phillipe devient Premier Ministre, Bruno Lemaire Ministre de l’Economie et Gérald Darmanin, Ministre de l’Action et des comptes publics (Budget).

Mais le parti ne s’en réjouit pas. Bien au contraire.

Juin 2017. François Baroin quitte le devant de la scène après un score aux législatives bien en deçà de ses espérances qui l’auraient propulsé à Matignon, en chef d’une opposition cohabitant avec le nouveau Président. Au cours de ces élections Bruno Lemaire sort largement vainqueur dans sa circonscription sous l’étiquette … EnMarche ! Fin Juin, à l’initiative de Thierry Solère, organisateur de la Primaire à Droite, 35 députés Les Républicains forment « Les Constructifs » : un groupe parlementaire voué à soutenir une partie des réformes proposées par le gouvernement d’Edouard Phillipe.

Octobre 2017. Les Républicains tentent d’exclure Le Premier Ministre Édouard Philippe, le ministre du Budget Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu (secrétaire d’État à l’Écologie) ainsi que les responsables des députés Constructifs, Franck Riester et Thierry Solère. Faute d’être suffisamment nombreux et organisés, le bureau politique devra se réunir à nouveau, le 31 octobre pour entériner cette décision… ridicule ? Sur la forme de nombreux sympathisants et militants s’accordent à le penser. Mais sur le fond ce « sketch » risque bien de coûter très cher aux Républicains dans leur désir de reconquête.

Pour bien comprendre les conséquences probables de cette série d’événements, il faut bien mettre en perspective de ces exclusions l’élection du futur Président des LR.

Sans préjuger du résultat de ces élections (les Primaires nous ont bien montré que tout peut se jouer dans les dernières heures) Laurent Wauquiez en est aujourd’hui le grand favori. La différence avec les Primaires étant qu’il n’y a pas d’autres ténor du parti en face de lui, comme l’étaient alors Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon et Bruno Lemaire. Celle-ci nous a d’ailleurs bien montré que le cœur de l’électorat des Républicains, celui qui est prêt à se déplacer pour voter à une élection interne, est bien plus sensible à un discours « Fillon » qu’à un discours « Juppé ». En ce sens, des élections fermées (par opposition à une Primaire ouverte) à la Présidence du Parti devraient donner un résultat encore plus favorable à un discours à la fois économiquement libéral et socialement identitaire incarné par Laurent Wauquiez.

Dans le même temps, les Républicains « Macron-compatibles », c’est-à-dire les plus européens d’entre eux, rejoignent soit La République en Marche soit le groupe Parlementaire des Constructifs (quand ils ne sont pas exclus du parti…). De la même manière que l’on a assisté à une fracture de la gauche entre les pro-européens (Partie Socialiste) et les anti-européens (France Insoumise), nous sommes donc en train d’assister à la création de deux Droites.

Or si Laurent Wauquiez ne parvient pas à s’adresser à toute la Droite, comme l’appel de leurs vœux des personnalités comme Eric Woerth, le Parti risque de se retrancher sur une ligne droitière certes séduisante pour les sympathisants mais amputée de nombreux élus. Dans quelle mesure alors une Droite portée par une personnalité aussi clivante que Nicolas Sarkozy, et amputée de sa branche la plus modérée, pourra-t-elle alors peser suffisamment dans le débat politique pour espérer reconquérir le pouvoir en 2022 ?

Miser sur un soutien de personnalités plus modérées comme Virginie Calmels – proche d’Alain Juppé – est évidemment une bonne stratégie de la part de Laurent Wauquiez mais sonne presque faux…

Miser sur une chute constante de la popularité du Président de La République est également une option possible car celui-ci est en chute quasi constante depuis son élection et enregistre une impopularité record depuis Jacques Chirac en 1995. Néanmoins les principaux déçus de Macron ne sont pas les sympathisants LR. Bien au contraire ceux-ci approuvent aujourd’hui encore majoritairement l’action du gouvernement.

Ce pari pourrait alors davantage profiter à un Mélenchon de plus en plus populiste et revanchard après son élimination aux portes du 2nd tour. Néanmoins si celui-ci a profité à la fois des grandes qualités de communiquant de François Hollande et du charisme dévastateur de Benoît Hamon pour absorber les voix du PS, il faudra attendre de voir comment se reconstruit ce parti pour savoir qui incarnera le mieux la Gauche dans 5 ans.

C’est donc bien le désormais tristement habituel spectre du Front National qui risque de tirer profit de cette recomposition de La Droite. Contrairement à l’électorat LR, les soutiens du FN ne quittent pas les rangs et ce malgré la prestation pitoyable de leur candidate au débat de l’entre-deux tours et du départ de Florian Philippot, pourtant grand artisan de la dédiabolisation du FN. Une enquête IFOP du 22/10 montre d’ailleurs que si l’élection Présidentielle avait lieu aujourd’hui François Fillon perdrait 5 points tandis que Marine Le Pen réaliserait un score de 21.5% (stable).

Et l’on ose à peine imaginer le retour politique de Marion Maréchal Le Pen, synthèse dangereusement parfaite entre la marque Le Pen, la beauté froide et le conservatisme…

Les Républicains auront alors tout perdu. La France aussi.

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