Comment François Fillon, dans une aventure personnelle, met en jeu l’avenir des Républicains

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François Fillon a fait le choix, téméraire, de revenir sur une parole publique et un engagement de campagne, en se maintenant candidat à l’élection présidentielle.

Et ce malgré les innombrables appels de son parti en faveur de son retrait. L’élection qui semblait imperdable jusqu’au mois de janvier dernier semble aujourd’hui quasi-ingagnable pour les Républicains.

Comment l’avenir du parti Les Républicains peut-il aujourd’hui reposer intégralement sur le pari individuel (insensé ?) d’un seul homme.

Octobre 2012. François Hollande est élu depuis cinq mois à peine et un sondage Ifop le donne déjà perdant face à Nicolas Sarkozy en 2017. Depuis cette date et jusqu’en janvier 2017, soit durant 1559 jours, pas un sondage ne retire la victoire aux Républicains à la prochaine élection présidentielle.

La seule inconnue alors était de savoir qui d’Alain Juppé ou de Nicolas Sarkozy (pourtant retraité), voire de François Fillon ou de Bruno Lemaire serait candidat. Tandis que la côte de popularité du président socialiste s’effondrait jusqu’à atteindre le chiffre ahurissant de 4% d’opinions favorables en octobre 2016, celle des prétendants de droite ne cessait de s’envoler. C’est ainsi qu’Alain Juppé atteint même en 2016 à plusieurs reprises 39% d’intentions de vote au 1er tour de l’élection présidentielle dans certaines enquêtes d’opinion.

La suite est bien connue.

Octobre 2016. François Fillon, après une participation déterminante à « l’Emission Politique » de France 2 puis un passage remarqué chez Karine Lemarchand sur M6, renverse la tendance convenue au sein des sondages. Il grappille sans peine les quelques points qui lui manquaient pour devenir l’alternative crédible et « sobre » à Nicolas Sarkozy – alternative tant attendue par le socle électoral d’une droite frustrée de devoir soutenir Alain Juppé. Devant ce plébiscite fulgurant et inattendu à la Primaire, une évidence s’impose alors : l’élection présidentielle est jouée. François Fillon, est déjà le futur Président de La République.

Janvier 2017. Quatre mois plus tard, la déconvenue de la droite est pourtant à la mesure des espoirs portés par la Primaire.  L’ex- « futur président de la République », est mis en examen. Souffrant d’une probité très largement remise cause, d’une perte de confiance généralisée et un chapelet « d’affaires » autour du cou, ses chances de devenir Président s’amenuisent de jour en jour. Bien qu’il soit sans doute prématuré de préjuger du résultat définitif de l’élection, il est désormais légitime de s’interroger sur l’avenir des Républicains en cas de défaite le 23 avril prochain. Deux scénarii semble alors se détacher.

Juin 2017. Dans un premier scénario, Emmanuel Macron n’incarnerait qu’un « vote utile » face aux soupçons qui pèsent sur François Fillon. Ce même « vote utile » qui a porté François Bayrou en 2007 et conduit à l’élimination de Nicolas Sarkozy en 2012. Dans un tel cas de figure, il est donc légitime de penser que les français auraient majoritairement choisi le candidat des Républicains en lieu et place d’Emmanuel Macron si François Fillon s’était retiré.

Dans ce contexte, Les Républicains pourraient malgré tout obtenir une majorité lors des prochaines élections législatives et constituer ainsi le premier groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale. François Baroin et Laurent Wauquiez pourraient devenir les nouveaux leaders d’une droite dont la Primaire aura définitivement écarté toute tendance centriste. Il n’est même pas totalement absurde d’imaginer François Baroin en Premier Ministre d’Emmanuel Macron face à un hémicycle constitué de plusieurs groupes parlementaires forts : LR, MoDem (investitures promises par E.M), En Marche ! (lui-même probablement divisé en plusieurs courants), PS et FN. Un tel scénario semblerait pourtant annonciateur de milliers d’heures de débats infructueuses… sans le moindre espoir de dégager une majorité absolue.

Dans un second scénario, le parti Les Républicains souffre d’une double déperdition de voix qui lui coûte la majorité au Parlement.

Il s’agit en premier lieu des électeurs de droite qui se seraient reportés avant le premier tour sur Emmanuel Macron à la suite des « affaires Fillon ». Une partie de ceux-ci parviendraient à s’identifier véritablement à ses idées et « cristalliseraient », selon l’expression désormais consacrée par les médias. Ceux-ci voteraient alors pour les candidats « En Marche ! » aux prochaines élections législatives.

Il s’agit en deuxième lieu, d’une partie de la droite dite « dure », restée fidèle à la candidature Fillon jusqu’au bout, mais qui, désœuvrée par la défaite de leur candidat au premier tour, se radicalise dans l’entre-deux tours en votant Front National contre un candidat qu’ils estiment issu du P.S. A l’instar des nouveaux électeurs d’Emmanuel Macron, une partie de ceux-ci confirment ce choix lors des élections législatives. Malgré un mode de scrutin défavorable au Front National (pas de proportionnelle), le Front National parvient ainsi tout de même à gagner des sièges à l’Assemblée Nationale au détriment des Républicains.

Qu’en serait-il alors de l’avenir des Républicains ?

Au cours des dernières années, l’UMP a connu deux violentes crises morales et financières au travers de l’affaire Bygmalion. Le non remboursement des frais de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 et la démission de Jean-François Copé de la présidence du parti en 2014 auraient pu détruire le parti. Néanmoins, l’UMP a survécu grâce à la fidélité de ses militants à Nicolas Sarkozy, le « Sarkothon » a ainsi réuni plus de 11 millions d’euros, évitant une faillite annoncée. Son retour prématuré en 2014 a également eu le mérite de rassembler le parti en vue des élections.

Quelle personnalité de droite aura le charisme et l’autorité suffisante pour éviter le démantèlement annoncé des Républicains en cas de défaite de François Fillon ? L’implication d’Alain Juppé, vexé par les terribles résultats de la Primaire et l’obstination du candidat vainqueur de la Primaire, semble improbable. Et bien que certains évoquent déjà un troisième retour du « Parrain », il y a fort à parier que ce dernier se contentera de tirer les ficelles dans l’ombre de François Baroin.

Reste donc à savoir si ce dernier et le reste de sa génération LR (Wauquiez, Lemaire, Bertrand, NKM, etc.) parviendront à s’entendre sur une ligne politique permettant au parti de continuer à exister… ou tout du moins de subsister dans l’attente d’une prochaine grande mutation.

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