La Primaire de la droite et du centre en vaut-elle la peine?

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Le triste spectacle que proposent les candidats de la droite et du centre donne raison à Jacques Attali. Le concours de personnalité prime sur le débat des programmes.À quelques nuances près les ténors de la droite prônent tous les mêmes recettes libérales datées, adoptent un discours sécuritaire et promettent à nouveau un grand débat sur l’identité, heureuse ou malheureuse.

Quelles idées?

Sur le plan de l’économie, rien de nouveau sous le soleil. Les candidats affirment tous qu’ils réduiront la dépense publique, qu’ils soulageront la pression fiscale qui écrase les classes moyennes, qu’ils baisseront les charges sociales et qu’ils faciliteront les licenciements pour favoriser les embauches. S’ils ne détaillent pas tous comment ils n’aggraveront pas les déficits, aucun candidat ou presque n’évoque l’économie de partage, la transition énergétique ou le numérique, trois domaines qui favoriseront pourtant la création d’emplois d’avenir durables. Ils préfèrent s’attarder sur l’augmentation de l’âge de départ à la retraite (nécessaire) et la suppression de l’ISF, des 35 heures et de centaines de milliers de postes de fonctionnaires.

Sur les sujets d’immigration d’identité et de sécurité, les candidats sont entrés dans une logique de surenchère. L’islam est désormais considéré incompatible avec les valeurs de la république. Le droit du sol est remis en cause. Les forces de l’ordre doivent être augmentées. La première préoccupation des français n’est donc plus le chômage mais l’identité. Les Républicains ont tellement doublé le Front National sur sa droite, que Marine Le Pen s’inquiétait la semaine dernière des atteintes aux libertés fondamentales que supposent certaines mesures proférées par les dirigeants de droite.

Concernant la politique étrangère, tous les principaux candidats à l’exception d’Alain Juppé condamnent les sanctions infligées à la Russie par l’Occident et souhaitent un rapprochement avec Poutine sur le dossier syrien et à la lutte contre l’Etat islamique. Sans remettre en question l’adhésion de la France à l’Union Européenne, ils vilipendent la bureaucratie bruxelloise qu’ils qualifient de technocratique et désincarnée.

Sarkozy bête de campagne

Auréolé d’une belle prestation dans “L’émission politique” animée par David Pujadas et Léa Salamé sur France 2, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois prouvé qu’il était une bête de campagne. Interpellé par un Imam réformiste sur ses positions contre l’Islam, l’ancien président s’est montré serein. Il a ensuite déjoué le piège que lui tendait un ancien électeur passé au Front National, préférant s’attaquer à la politique économique que préconise Marine Le Pen et que redoutent les retraités et épargnants. Invectivé par une enseignante, il a marqué des points sur le rétablissement de l’autorité à l’école. Énième rebondissement dans le feuilleton du mariage pour tous, Nicolas Sarkozy a renoncé catégoriquement à l’abrogation de la loi Taubira, ce qui lui aurait sûrement valu les critiques acerbes d’Hervé Mariton (constant sur le sujet depuis 2013) si ce dernier n’avait pas décidé de rallier Juppé. Enfin, la France a découvert que celui qui avait organisé le Grenelle de l’environnement avec le soutien de l’opposition de l’époque est devenu climato-sceptique et pro gaz de schiste. Le dérèglement climatique ne serait qu’un enjeu démographique. Inutile de redéfinir nos systèmes de production et de consommation ou notre politique énergétique.

Juppé favori des sondages

Chouchou des médias et favori des sondages depuis 2014, Alain Juppé se voit endosser le costume de Chef de L’État. Les Français aussi. Une majorité d’entre eux considère qu’il possède la compétence et l’expérience pour occuper la fonction suprême. L’ancien Premier ministre incarne une droite respectable, progressiste et européenne qui attire les déçus du Hollandisme. Mais pour remporter la primaire de la droite, Alain Juppé doit convaincre la frange la plus réactionnaire de son électorat. Dans un entretien à Valeurs Actuelles, le sulfureux magazine d’extrême droite, le maire de Bordeaux s’est montré intransigeant à l’égard des immigrés clandestins qui seront “tous” reconduits à la frontière. Il n’a pas hésité à remettre en question le regroupement familial, expliquant que la France ne peut plus se permettre d’accueillir les étrangers qui viennent profiter de son généreux système de protection sociale.

Fillon et NKM rallieront Juppé?

François Fillon est crédité de 10% d’intentions de votes dans les sondages. L’ancien Premier ministre de Sarkozy peine à justifier les 5 ans passés à Matignon sous les ordres de celui qu’il souhaite désormais dépasser. Le plus libéral des prétendants s’est octroyé le soutien polémique de Sens Commun et le parrainage controversé du chanteur Renaud. La haine indéfectible qu’il voue à l’ancien locataire de l’Élysée devrait l’inciter lui aussi à parrainer Alain Juppé en cas de défaite.

Seule femme qualifiée pour les primaires, NKM se distingue par ses prises de position sur l’environnement ou l’entrepreneuriat. L’ancienne ministre de l’Écologie martèle sur tous les plateaux que les préoccupations des citoyens ne se résument ni à leurs ancêtres les Gaulois ni à la refonte du regroupement familial qui concerne moins de 12 000 personnes par an. Inaudible au sein de l’électorat de droite, elle peine à s’imposer dans le débat. Son rapprochement idéologique avec Juppé devrait l’inciter à le parrainer à l’issue du premier tour et prétendre à un joli portefeuille ministériel en cas de victoire de ce dernier en 2017.

Un futur président sans idéologie, sans programme et sans démocratie?

Qu’espèrent les outsiders ? Difficile d’imaginer Jean François Copé oeuvrer au sein d’un gouvernement Sarkozy, Fillon ou Juppé. S’il réalise un score respectable Bruno Le Maire peut convoiter un ministère régalien. Les autres candidats ayant réussi à se qualifier pour la primaire exploiteront ce joli coup de com’ à des fins électorales.

La primaire des républicains confirme une tendance implacable: Il n’y a plus d’idéologie à droite. Au micro d’Europe 1, François Fillon s’interrogeait sur le bien-fondé de porter l’étendard du gaullisme en 2016. Henri Guaino appréciera. Je ne m’attendais pas à entendre la droite sur les inégalités qui précarisent nos concitoyens ou la sortie du nucléaire. Mais je leur reproche de ne pas afficher une vision pour le pays dans les 20-30 prochaines années. Je suis d’accord avec Nicolas Sarkozy sur un point. L’élection présidentielle n’a pas vocation à choisir un ministre du budget. Dans les cercles parisiens on rêve d’un ticket Juppé-Macron, d’une grande coalition sociale-libérale et bipartisane pour sortir le pays de la nasse dans laquelle il se trouve. Mais le père de la constitution de 1958 avait soigneusement écarté cette logique de sa conception des institutions.

Le bilan poussif de François Hollande et la division qui règne à gauche propulseront très certainement le candidat victorieux dans un éventuel deuxième tour face à Marine le Pen. Il pourra compter sur un front républicain infaillible pour s’installer à l’Élysée sans programme, sans idéologie et sans démocratie.

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