La France, une Californie qui s’ignore ?

La Halle Freyssinet, © photo tout droit réservé Wilmotte & Associés

Plus que quelques mois. Impatience, frémissements, curiosité, innovation ! Vous aurez (malheureusement) compris que nous ne traiterons pas ici des échéances électorales françaises. La ville lumière s’apprête à devenir l’une des villes les plus innovantes au monde. Début 2017 ouvrira le plus grand incubateur de startups jamais construit : Station F [1]. Un nom futuriste pour une idée qui l’est tout autant : rassembler dans un même lieu 1 000 startups, ces « jeunes entreprises à fort potentiel de croissance ». Une idée ambitieuse de l’emblématique patron de Free Xavier Niel. Un projet de tous les défis. Les travaux y sont quasiment achevés et déjà l’on perçoit l’agitation qui règnera dans ce haut lieu de l’innovation. Casque de chantier, bottes en caoutchouc, et gilet jaune fluo seyant, Roxane Varza arpente avec fierté le chantier de l’incubateur qu’elle dirigera dans quelques semaines, du haut de ses 31 ans.

Station F : une agora de l’innovation

« Aussi long qu’une tour Eiffel couchée », cet ancien bâtiment ferroviaire de 310m de long est désormais divisé en trois parties. La première abritera un grand auditorium, des espaces évènementiels ainsi que des bureaux réservés à des entreprises de taille moyenne comme des fonds d’investissement. Une large partie centrale sera consacrée aux entrepreneurs de demain. 3 000 postes de travail les y accueilleront avec en sous-sol des douches et des casiers, et en mezzanine des salles de réunions d’une dizaine de places. Une troisième partie complètera l’édifice, avec 4 restaurants ouverts 24/7 aux entrepreneurs comme aux visiteurs. Le but : mêler le public à l’innovation, éviter de créer un ghetto d’entrepreneurs, transmettre l’énergie qui débordera du lieu.

Si ce projet semble incroyable pour Paris, rappelons qu’il ne s’agit que de la cerise qui vient couronner les efforts acharnés de la ville pour se rendre attractive. Déjà 3 000 à 4 000 startups y seraient abritées, notamment dans les 36 incubateurs que compte la capitale. Parmi eux, le bien connu NUMA (ex Silicon Sentier) ou encore la Ruche (spécialiste des innovations sociales). C’est plus de 100 000m2 qui sont ainsi dédiés aux jeunes pousses auxquels s’ajouteront les 34 000 du vaisseau amiral Station F.

Un écosystème startup qui rayonne

Plus généralement, c’est la France entière qui rayonne à travers le monde. Le label La French Tech regroupe tous les acteurs de l’écosystème startup français. On lui doit entre autres le programme « French Tech Ticket » qui vise à inciter les entrepreneurs étrangers à créer leur « boîte » en France avec financement à la clef (1372 candidats en 2015 en provenance d’Inde, des USA, de Russie … pour 50 heureux élus, sélections en cours pour la saison 2016), ou encore le site internet http://noeldelafrenchtech.fr qui depuis l’automne 2015 propose des produits, au concept plus ou moins abouti, mais souvent inventif ! C’est enfin sous ce label qu’en 2016 la France était représentée au Consumer Electric Show (CES) de Las Vegas, le rendez-vous mondial de l’électronique grand public. Et bien représentée puisque 128 des 457 pépites invitées étaient tricolores devancées par les USA (193). Juste derrière (doux euphémisme) on retrouve Israël et ses 17 sociétés puis suivent quelques autres nations. Comme le coqueriquerait le logo de la French Tech : Cocorico ! Mais même sur ce plan de l’évènementiel, la place prépondérante de la France sur la scène internationale se confirme ainsi qu’en atteste l’organisation du sommet Hello Tomorrow [2]. Evènement incontournable dédié aux biotechs, il réunit un nombre exponentiel d’entrepreneurs, d’investisseurs et de curieux depuis 2011. Preuve s’il en est de l’importance de l’événement, Michael Bloomberg (Bloomberg L.P.) et Emmanuel Macron participeront à la prochaine édition (13 et 14 octobre 2016, Le CENTQUATRE, Paris). 120 pays représentés, et un concours de startups permettant de gagner jusque 100K € sont au programme. Partenaires de l’événement : La French Tech bien entendu mais aussi de grands noms du conseil (BCG), de l’investissement (BNP Paribas) ou de l’industrie (L’Oréal, Carrefour ou encore Michelin).

Des financements encore trop timides

Seule ombre au tableau, et de taille, le financement. Néanmoins, même si la pusillanimité de nos investisseurs français semblait être un frein à l’innovation (14% des startups françaises ont trouvé un financement via un fonds d’investissements et 12% auprès de Business Angels en 2015 d’après Syntec Numérique), la balance tend à s’inverser. D’aucuns s’amusaient de constater que l’on ne risquait pas une nouvelle bulle spéculative, celle des startups, car bulle spéculative nécessite financement. Les mauvaises langues se sont trompées. Prenant la suite de banques (1e source de financement des startups en 2015 selon le même baromètre Syntec Numérique), les investisseurs publics n’hésitent plus à financer l’économie [3]. C’est ainsi que la Banque Publique d’Investissement (connue sous le nom BPIFrance, au capital détenu par la CDC et l’Etat) compte, avec ses partenaires, injecter plus de 200 milliards d’euros dans l’économie française d’ici 2019. Le privé n’est pas en reste. De ceux que l’on nomme les Vanilla VCs dans le Landernau des fonds d’investissement aux dépendances de certaines banques d’affaires, Serena capital dresse une liste quasi-exhaustive [4] des acteurs du financement. Même de ce point de vue, la lune de fiel devient lune de miel et l’on espère de plus en plus arriver à garder nos pépites sur le sol français.

Alors, n’en déplaise à la morosité, cet article ose l’optimisme. Un monde plein d’Angels et de licornes (startups valorisées à plus d’un milliard de dollars). Un monde idéal pour les startups dans lequel Emmanuel Macron deviendrait président en 2017, année de l’obtention des JO Paris 2024, provoquant de nouvelles vagues d’investissements. Même si l’une de ces deux options est plus probable que l’autre, il n’en reste pas moins un potentiel à cultiver pour un pays qui ferait mieux de croire en ses forces. La conclusion de ce plaidoyer revient ainsi légitimement à Nicolas Dufourcq (DG de BPIFrance), « la France est une Californie qui s’ignore ».

[1] http://stationf.co/fr/

[2] http://summit.hello-tomorrow.org

[3] http://business.lesechos.fr/entrepreneurs/financer-sa-creation/0211261771002-l-ecosysteme-francais-du-financement-des-start-up-aux-portes-de-la-maturite-213757.php#

[4] https://blog.serenacapital.com

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