« Vous êtes la génération tonique »

Dans le cadre des rencontres qu’il organise avec des décideurs politiques et économiques, le Cercle Hébé avait rencontré le 4 novembre dernier David Baverez, ancien gérant de fond d’investissement et essayiste, et Philippe Tibi, Professeur de finance, ancien président d’UBS France et ancien président de l’association française des marchés financiers (AMAFI). Lors de ce dîner littéraire inaugural, les membres du Cercle ont pu échanger avec ces personnalités sur le dernier livre de David Baverez « Génération tonique : l’Occident est complètement à l’ouest» (Plon), dans lequel il revient sur les enjeux d’un monde devenu multipolaire dans lequel la Chine en pleine croissance fait face à une Europe déclinante.

Comment définiriez-vous la génération tonique à qui vous adressez ce livre?

La « Gen’ tonique » regroupe tous ceux qui ont vingt ans soit dans leur tête soit dans leurs corps; tous ceux qui comprennent que l’année 2008 est en fait une rupture générationnelle débouchant sur une triple révolution, à la fois géopolitique, technologique et énergétique. Du coup, le monde s’inverse, la planète ne s’écroule pas comme on le croit trop souvent en France, juste, elle tourne ! D’où la conviction de la nécessite de protéger le futur du passé, et non pas le passé du futur, comme le fait notre « élite » française actuelle.

Vous conseillerez aux jeunes Français de quitter la France pour l’Asie ?

Cela fait près de vingt-cinq ans que je vis à l’étranger et je n’ai pourtant jamais vraiment « quitté la France ». Mon conseil à un jeune Français est donc surtout d’aller découvrir les opportunités phénoménales de ce Nouveau Monde qui décuple, qui passe de 700 millions de privilégiés d’Occidentaux au XXème siècle à 7 milliards d’habitants planétaires au XXIème… Donc si vous aimez la Tech, volez direct pour la Californie, si vous aimez la finance, New-York et Londres vous tendent les bras, si vous êtes passionnés de marketing, allez découvrir 90 % de la future croissance des classes moyennes mondiales en Asie; si vous êtes baroudeur, foncez en Afrique !

Pensez-vous que la jeunesse française aujourd’hui peut être compétitive face au marché chinois ?

Dans les années 1970 « on n’avait pas de pétrole, mais on avait les idées », aujourd’hui, nous avons l’ « art de vivre » que la planète entière nous envie. Cela ne concerne pas seulement l’industrie du luxe, mais aussi l’environnement, la santé, la nourriture, la culture, les algorithmes du « Big Data » et même….la productivité au travail ! Bref, tout ce dont rêve un Chinois. Rappelez-vous, le monde s’inverse : les dix derniers années, la Chine avait besoin de l’Allemagne, les dix prochaines, elle va avoir besoin de la France.

Quels sont les freins, selon vous, à l’entrepreneuriat en France ?

A l’heure où tout le monde se réjouit du regain de l’entrepreneuriat en France, je ne veux pas jouer les rabat-joies mais être honnête : entreprendre reste la chose la plus dure en France, seulement 5% des start-up ont plus de dix salariés après cinq ans. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas tenter l’aventure, mais bien comprendre qu’au-delà de la création, même d’une entreprise qui ne réjouit que les politiciens, tout en France s’opposera ensuite à son développement. Fort heureusement, il y a suffisamment de dignes descendants de Jean Moulin pour tenter de révolutionner le pays.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs français ?

1) Dans un tel pays d’intellos, surtout ne pas croire que l’idée du concept est l’essentiel ;
2) Bien comprendre le timing de l’explosion de la demande : pourquoi maintenant ?
3) Se focaliser sur les contraintes à l’offre pour la concurrence future ;
4) Partir au minimum à deux ;
5) Etre chanceux….. En deux mots, faire partie de la « Gen’ tonique ».

Cécile Striffler

Propos recueillis par Cécile Striffler membre du Cercle Hébé

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