Une sombre histoire de politique monétaire

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Malgré une très légère remontée des taux directeurs, le mois dernier aux États-Unis, l’année 2015 aura été marquée par l’instauration par la Banque Centrale Européenne d’un « quantitative easing », rejoignant ainsi les autres grandes institutions monétaires de la planète dans leur politique de création monétaire massive. Retour sur un monde à taux zéro. Prenons tout d’abord le recul nécessaire à toute réflexion sur un tel sujet de fonds.

Le rôle du taux d’intérêt

Un taux d’intérêt permet à un épargnant de recevoir une compensation pour l’incertitude à laquelle il fait face sur le futur. Des taux bas favorisent la consommation présente, au détriment de l’épargne et de l’accumulation du capital. Pour l’école keynésienne, une telle politique amènerait donc à une reprise de la consommation, et au retour temporaire de la croissance économique. Oui, le terme « temporaire » est assumé par Keynes, pour qui « à long terme, nous sommes tous morts ».
Alors, la doxa keynésienne est un excellent alibi pour nos politiques, car elle permet un certain nombre de résultats plus satisfaisants à court terme, leur assurant une popularité, facilitant ainsi leur réélection. Et surtout, elle justifie le poids croissant des états dans nos économies, ce qui légitime d’autant plus leur rôle.

Une politique monétaire au service des riches

Il est alors intéressant de relever que les « riches » ont des actifs qui ont tendance à monter lorsque les taux diminuent. On peut citer l’immobilier, ou encore les valeurs mobilières (actions, obligations). Les personnes moins aisées, elles, ont souvent une épargne liquide qui est rémunérée de manière bien plus faible en période de taux bas prolongée (il suffit d’avoir un livret A aujourd’hui pour s’en rendre compte). Sans parler des fonds de retraite, cette épargne de long terme qui se rémunère en grande partie via des obligations d’états : cette baisse « artificielle » du coût de la dette (via une politique de taux bas) pour les états va de pair avec des retraites qui s’amenuisent (mais aussi, la plupart du temps, avec une baisse des efforts sur les dépenses publiques). Maintenir des taux directeurs bas serait alors une politique plutôt antisociale. On voit bien là le paradoxe d’une partie de la gauche adepte des théories économiques keynésiennes. Mais faisons fi de ces considérations politiciennes. Là n’est pas l’essentiel.

La déstabilisation de l’économie

La baisse des taux est le principal outil de création monétaire. Or, le véritable problème de la création monétaire, c’est qu’elle rompt le principe d’égalité entre l’épargne et l’investissement en donnant l’illusion qu’il est possible d’investir sans que des ressources aient été épargnées au préalable.
Les agents sont alors incités à sous-épargner et sur-consommer comme nous l’avons précédemment. Du côté des entreprises, de nombreux projets d’investissement deviennent artificiellement rentables, et le coût relatif de l’endettement par rapport au capital est réduit : les entreprises sont incitées à se sur-endetter. Pire : plusieurs grandes banques centrales ont instauré un taux de dépôt négatif. Tout cela mène à des situations ubuesques comme en Suisse, où les autorités du Canton de Zoug ont demandé récemment aux contribuables de ne pas payer leurs impôts… trop rapidement, et ce, afin d’éviter de payer trop d’intérêts sur les liquidités qu’elles logent.

Il est bon de noter que l’ensemble de l’allocation des ressources sur les marchés financiers (et sur tout marché en général) est déterminé par le système des prix relatifs. Ainsi, si on altère la structure des prix relatifs, on modifie les incitations de tous les individus sur le marché. Ils investiront alors dans des secteurs dans lesquels ils n’auraient jamais investi autrement : c’est lorsque le système des prix est déformé que naissent les bulles.

Pour pallier la crise de la bulle internet au début des années 2000, la Reserve Fédérale américaine a mené des politiques monétaires particulièrement accommodantes. L’effet a montré des résultats plutôt probants à court terme. Jusqu’à l’effondrement du système en 2008.
N’en déplaise à ceux qui ont montré du doigt les idées libérales : cette « église keynésienne » est en grande partie responsable de la crise des « subprimes ». Elle joue de nouveau pleinement son rôle dans l’éclatement de la prochaine crise. À toute allure, diront certains. Ce n’est qu’une question de temps.

Félix

Félix De Vidas, membre Premier Cercle du Cercle Hébé

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