There will be oil

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Que nous réserve 2016, alors que les cours du pétrole ont atteint leur plus bas niveau en 11 ans ? Une récession en Russie ? Un printemps saoudien ? Une crise du secteur énergétique américain de pétrole de schiste façon crise des subprimes ?

En 18 mois les cours du pétrole ont chuté de plus de 70%, passant de près de 115 $ au printemps 2014 à moins de 30 $ début 2016. L’ampleur de cette baisse a de quoi surprendre, alors que l’on observait sur la même période une recrudescence des tensions géopolitiques en Syrie, en Irak, en Lybie, en Ukraine et au Yémen. Cette forte baisse s’expliquerait autant par un ralentissement de la demande mondiale de pétrole dans le sillage des émergents – que reflète d’ailleurs la chute des autres matières premières – que par la surabondance de l’offre de pétrole sur les marchés.

Aujourd’hui, les marchés pétroliers sont excédentaires …

Les États-Unis sont redevenus une puissance pétrolière majeure, doublant leur production depuis 2011 du fait du pétrole non conventionnel (de 4 millions de baril par jour (Mbj) à près de 9,7 Mbj mi 2015, un record en 44 ans) et leur production s’est montrée très résiliente à la baisse récente.

Par ailleurs, l’OPEP a décidé depuis fin 2014 de ne plus jouer le rôle de swing producer, producteur-pivot, comme elle avait pu l’être par le passé et refuse de servir de variable d’ajustement à ce marché surabondant en réduisant sa production pour maintenir les prix. En maintenant sa production, l’OPEP entend conserver ses parts de marchés face aux producteurs nord-américains (pétrole de schiste et sables bitumineux canadiens notamment).

… et devraient le rester en 2016

En effet, la demande de pétrole ne reprend que très marginalement dans les économies avancées, alors que les économies émergentes doivent faire face à des difficultés croissantes (récession russe, climat politique instable au Brésil et ralentissement chinois).

La fin de l’embargo et des sanctions sur l’Iran – à la suite de l’accord sur son programme nucléaire en janvier 2016 – permettrait à Téhéran d’augmenter sa production de près d’1 Mbj d’ici un an.

Les nouveaux (dés-)équilibres économiques et géopolitiques

Alors que les marchés pétroliers sont en pleine mutation, de nouveaux (dés-)équilibres économiques et géopolitiques apparaissent :

– les États-Unis, et plus précisément les producteurs de pétrole non-conventionnel, sont devenus le nouveau producteur pivot sur les marchés mondiaux. Le cycle d’investissement y est très court (moins d’un an contre 5 ans en moyenne dans le pétrole conventionnel) et très réactif au marché. De plus, la récente chute des cours a entrainé une forte réduction des coûts et une optimisation de la production. Aussi, la moindre remontée des cours sur les années à venir verrait une reprise majeure de la production américaine comme a pu le souligner le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie.

– Les entreprises américaines du secteur pétrolier et gazier se sont particulièrement endettées ces dernières années, alors que les cours dépassaient 100$. La dette obligataire high yield émise par ces producteurs seraient passées de 90 à près de 300 milliards de dollar USD entre 2012 et fin 2015. Alors que les défaillances d’entreprises du secteur augmentent, certains acteurs pétroliers américains sont en grande difficulté. Si les grandes banques américaines montrent une exposition modérée à la dette du secteur énergétique américain, elles ont sensiblement augmenté les provisions liées à ce secteur dans la crainte d’une baisse durable des cours et de défaillances en cascade. Au niveau local, plusieurs banques seraient particulièrement exposées, en Louisiane et au Texas notamment. De plus, un certain nombre d’entités et projets récemment défaillants étaient détenus par des fonds de private equity directement liés à des fonds de pension du sud des Etats-Unis. De nombreux analystes du secteur craignent que cette chute des cours, parce qu’elle touche un éventail très large des acteurs financiers américains, ne soit à l’origine d’une crise de la dette d’un secteur-clé de l’économie aux Etats-Unis.

– L’hégémonie de l’Arabie Saoudite, monarchie sunnite, au sein de l’OPEP et son rôle au Moyen-Orient sont aujourd’hui remis en cause par le retour de l’Iran, république chiite, sur la scène internationale. L’accord récent entre la Russie et l’Arabie Saoudite en vue de maintenir leur production pétrolière au niveau (record) de janvier laisse se dessiner un nouvel axe entre Moscou et Riyad. Face à cela, Téhéran, qui cherche à regagner des parts de marché pétrolier depuis la fin de l’embargo, écarte jusqu’ici tout accord avec d’autres pays de l’OPEP. Au-delà de ce rééquilibrage régional, l’Arabie Saoudite doit faire face à des risques de profondes instabilités internes, comme autant de signes avant-coureurs d’un printemps saoudien. D’une part l’Arabie Saoudite pourrait connaître un ralentissement marqué de son activité, les fonds souverains du royaume, financeurs de premier plan de l’économie saoudienne, ayant vu leurs réserves fondre depuis la chute des cours du pétrole. D’autre part elle doit faire face à un chômage préoccupant (12%), notamment chez les jeunes (30% des 18-24 ans). Longtemps, le secteur public a été la variable d’ajustement utilisée pour réduire le chômage et redistribuer la rente pétrolière (il y aurait ainsi environ 2 millions de fonctionnaires saoudiens). Mais aujourd’hui, l’Etat n’a plus les moyens d’absorber ainsi le chômage et ceci est d’autant plus préoccupant que la population y est jeune, que l’Arabie compte 2 millions de 15-19 ans et que chaque année 400 000 saoudiens atteignent l’âge de travailler.

Les questions pétrolières, qu’elles soient économiques ou géopolitiques, devraient occuper le devant de la scène politique au cours des années à venir. Le constat qui vient d’être fait invite : i) à accélérer la transition énergétique en France et en Europe (amélioration du mix énergétique, réduction des subventions aux énergies fossiles, soutien au développement d’énergies renouvelables) afin de réduire l’empreinte écologique de nos économies et de réduire notre dépendance aux énergies fossiles importées, et ii) à renforcer la diplomatie et la stratégie d’influence de la France au Proche et Moyen-Orient, à l’heure où des millions de réfugiés fuient Daech et les Etats faillis de la région.

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