Hollande – Mitterrand

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Le 8 janvier dernier, jour du vingtième anniversaire de la mort de François Mitterrand, François Hollande a rendu un sobre hommage à celui qui fût une grande figure de la gauche française. François Hollande, second Président socialiste de la 5e République, n’est pourtant pas l’hériter de François Mitterrand. L’actuel chef de l’Etat ne se confond ni par les qualités ni par les défauts avec celui qui cofonda et conquit le parti socialiste en 1971. Les deux hommes ont certes quelques points communs : le même prénom, l’appartenance au même parti politique, et une enfance au sein d’une famille bourgeoise, catholique et conservatrice. De la même manière que Sarkozy n’incarnait pas le gaullisme (au grand dam des Dupont-Aignan, Guaino, etc), Hollande ne peut revendiquer une quelconque filiation Mitterrandienne.

Mitterrand ignorait l’économie

François Mitterrand ignorait tout de l’économie et n’en avait cure. A l’instar du Général de Gaulle, il dédaignait comme secondaires les questions économiques. D’ailleurs la ligne farouchement anti-capitaliste sur laquelle il s’est fait élire premier secrétaire du parti socialiste en 1971 trahissait une méconnaissance des rouages de l’économie de marché. C’est toujours sur une ligne résolument étatiste ( On retiendra la proposition 16 de son programme présidentiel l: un programme de grands travaux publics, de construction de logement sociaux et d’équipements collectifs ) qu’il conquière la Présidence de la République en 1981.

François Hollande, de son côté est Delorien. Diplômé d’HEC et de l’ENA, il maîtrise la science économique qu’il a d’ailleurs enseignée à Sciences Po. Contrairement à François Mitterrand, il sait pertinemment que les contraintes économiques mondiales pèsent lourdement sur la politique des Etats. Au travers de ses discours et interventions publiques, l’actuel locataire de l’Elysée martèle l’importance de la compétitivité, de la baisse du coût du travail et de la rigueur budgétaire.

Hollande a adopté une politique libérale au lendemain de son élection

Les commentateurs politiques s’accordent à dire que Hollande a lui aussi dû opérer un tournant de la rigueur avec le pacte de stabilité puis la nomination de Macron à Bercy. Or en pratique, il n’y a jamais réellement eu de tournant libéral dans le quinquennat d’Hollande. Ce dernier a, en effet, adopté une politique sociale-libérale dès le lendemain de son élection. Sociale par sa politique fiscale, libérale par sa volonté d’alléger la réglementation et de reconnaître l’importance d’un secteur privé dynamique. Les nominations de Montebourg et de Hamon avaient uniquement pour but de rassembler voire d’apaiser l’aile gauche de son camp. En 1981, Mitterrand avait augmenté le SMIC, nationalisé des entreprises à enjeux stratégiques, procédé à plusieurs dévaluations, baissé l’âge de départ à la retraite à 60 ans, entériné les 39 heures et nommé quatre ministres communistes. Dans ce sens, Hollande n’a aucunement imité son prédécesseur. Il a préconisé une politique de l’offre et de soutien aux entreprises, (crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE)), refusé d’augmenter le SMIC comme le réclamaient les syndicats et Jean-Luc Mélenchon. Il s’est engagé dès sa campagne à baisser la dépense publique.

Enfin, aucun représentant du Front de gauche n’a participé au gouvernement à la différence des écologistes. Mitterrand a largement honoré ses promesses électorales quelles qu’en furent, pour certaines, les conséquences économiques néfastes. Hollande, quant à lui, a trahi son engagement de faire de la finance son adversaire principal. Mitterrand était persuadé de la suprématie de l’Etat en matière économique. Hollande agit comme un Commissaire Européen qui voit en l’Etat un simple substitut au marché là où ce dernier est incapable d’assurer une prestation de biens et de services adéquate.
Le caractère dissimulateur et même parfois machiavélique de Mitterrand (passé pétainiste, attentat de l’observatoire, affaire du rainbow warrior, affaire des écoutes de l’Elysée) a durablement terni son image. Hollande a certes subi les couacs de ses ministres, mais son nom n’a jamais été cité dans le moindre scandale politico-financier. François Mitterrand était un homme de lettres. Le contenu de ses écrits tout comme son style traduisait parfois sa vision passéiste de l’identité française. L’ancien ministre de l’intérieur de René Coty convoquait sans cesse l’Histoire dans ses discours. Son successeur se réfère très rarement au passé et ne se réclame d’ailleurs d’aucun courant ni d’homme politique des générations précédentes. Leurs visions opposées de la rafle du Vel d’Hiv illustrent notamment le contraste générationnel et personnel entre les deux hommes. Là où Mitterrand a insisté sur l’innocence de la France dans cette tragédie, Hollande, dans le prolongement du discours de Jacques Chirac, a franchi une étape supplémentaire dans la reconnaissance de la culpabilité de son pays.

« Après moi il n’y aura plus de grand président »

Si tout sépare leur conception de l’Histoire, il existe cependant une similitude dans leur façon de l’écrire. Lorsque les leviers économiques de l’appareil d’Etat se sont avérés inefficaces, les deux hommes ont su se tourner vers le sociétal. Mitterrand, qui avait eu le courage d’affronter une opinion publique majoritairement en faveur de la peine de mort durant sa campagne électorale, a promulgué son abolition dès septembre 1981. De son côté Hollande, à la traîne dans les sondages dès la rentrée 2012, n’a pas tardé à confier le dossier épineux de la légalisation du mariage homosexuel à sa Garde des Sceaux, Christiane Taubira. L’ancien député de Corrèze sait pertinemment qu’un budget national équilibré, une courbe du chômage inversée et d’éventuelles baisses d’impôts ne laisseront au mieux, le cas échéant, qu’une empreinte légère dans l’histoire du pays. En témoigne son éphémère regain de popularité suite à sa réactivité face aux attentats du 13 novembre. En matière de réformes économiques et institutionnelles, la France accuse un retard critique sur d’autres pays européens et singulièrement sur l’Allemagne. Depuis 30 ans, il a manqué à la France un réformateur digne d’un Schröder, d’un Jean Chrétien ou même d’un Rocard. Mais la cinquième République telle qu’elle a été conçue par le Général de Gaulle cautionne le règne d’un monarque républicain, chef des armées, incontesté et incontestable.

Après la ratification du traité de Maastricht en 1992 qui établit les fondations pour la création de l’Euro, Mitterrand, conscient d’avoir abandonné à l’Europe l’un des instruments essentiels de la politique économique d’un Etat souverain, à savoir, la politique monétaire, disait cyniquement : “ Après moi, il n’y aura plus de grand Président”. Il reste 16 mois à l’actuel locataire de l’Elysée pour le faire mentir.

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