Fonds Hébé – Koumen : entreprendre en Afrique

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Le Fonds Hébé offre un programme d’accompagnement qui met en relation les startups qu’il sélectionne et son large réseau de bénévoles aux profils complémentaires, qui peuvent ainsi transmettre leurs expériences, apporter des conseils spécialisés et partager leurs compétences et leurs réseaux sur des points d’expertise précis. Le Fonds Hébé à travers L’Hébé publie occasionnellement des articles et interviews liés à son programme d’accompagnement.

Ainsi que nous l’indiquait récemment David Baverez, essayiste et investisseur basé à Hong-Kong, au cours d’une rencontre avec le Cercle Hébé : « si vous aimez la Tech, volez direct pour la Californie, si vous aimez la finance, New-York et Londres vous tendent les bras, si vous êtes passionnés de marketing, allez découvrir 90 % de la future croissance des classes moyennes mondiales en Asie; si vous êtes baroudeur, foncez en Afrique… ».  Ange et Ismaël, les fondateurs de la startup Koumen, respectivement 26 et 25 ans, doivent effectivement être un peu baroudeur dans l’âme pour porter ensemble un projet basé sur l’extraction et la transformation des amandes de noix de cajou en Côte d’Ivoire.

Koumen a été la toute première startup sélectionnée par le Fonds Hébé, premier accélérateur de startups en France créé par des jeunes et pour des jeunes, afin de bénéficier de son programme d’accompagnement bénévole d’une durée de trois mois. Pendant cette période, en tant qu’accompagnateur bénévole, j’ai été impressionné par la richesse de ce projet sur le plan économique et social et par conséquent je souhaitais revenir avec eux sur les raisons, la vision et la dynamique profonde de cette belle aventure entrepreneuriale.

Quels sont vos parcours et pourquoi avoir choisi la voie de l’entreprenariat ?

Ange  : Je suis diplômé de Sciences Po Paris, avec des expériences dans le monde du conseil, de la banque d’affaires et du private equity.
Ce projet est l’opportunité de concilier mes origines ivoiriennes et de petit fils d’agriculteur et ma sensibilité aux enjeux de développement économique et social. Je suis convaincu que l’agriculture apporterait des réponses pertinentes à ces défis.
C’est fort de cette conviction que je me lance dans Koumen avec Ismaël Wélé.

Ismaël : J’ai toujours voulu maîtriser mon action professionnelle et replonger dans une ruralité riche d’un rapport sain à la terre telle que me l’a enseigné la vie marie-galantaise. Entreprendre est aussi la possibilité de mettre en œuvre une vision résolument sociale et centrée sur l’humain.
Après une formation à Sciences Po Paris et à l’Université Pierre et Marie Curie, cela représente une chance d’avoir une efficacité opérationnelle et technique – telle que rencontrée durant mes études et ma vie parisienne – adaptée à l’environnement local, ouverte sur le monde et respectueuse des exigences internationales.  Pour conclure, travailler avec Ange, est et restera ce que devrait être tout travail : un plaisir.

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre projet, nous expliquer pourquoi vous avez choisi l’Afrique et nous parler des difficultés mais aussi les opportunités offertes par ce territoire ?

Ange : Koumen se projette comme un système de valorisation innovante des ressources agricoles. En choisissant la noix de cajou, nous nous concentrons sur une matière dont les sous-produits servent des marchés divers (alimentation humaine et animale, chimie, énergie etc.) et qui a jusqu’ici été sous-exploitée dans la région.
Pour ma part, en tant qu’immigré naturalisé, membre d’une diaspora ivoirienne, j’ai toujours gardé cet enracinement. L’Afrique, les Afriques représentent des terres d’opportunités constituées d’acteurs ayant soif d’innovation en termes de biens et de services. Il était donc important de se lancer dans cet écosystème. C’est un choix parfaitement rationnel car il permet de concilier de très grandes ambitions professionnelles avec la volonté d’apporter du sens à mon action.

Ismaël : L’Afrique est le continent le plus dynamique de cette décennie et plus particulièrement en ce qui concerne la zone Afrique de l’Ouest. En tant que leader agricole de la sous-région, la Côte d’Ivoire apparaît comme étant un choix naturel propice à la bonne réalisation de ce projet. En effet, il y a une réelle volonté politique de faciliter l’émergence de groupes industriels officiants dans le domaine de l’agro-transformation. Avec la transformation de la noix de cajou, nous arrivons dans un secteur relativement neuf. C’est donc une merveilleuse occasion de créer des standards et d’explorer toutes les possibilités de création de valeur. Dans le même temps, la principale limite est le manque de formation locale à grande échelle et la nécessité de bien appréhender le territoire d’implantation.  Au regard des objectifs de notre projet, nous pallions ces difficultés en tissant un réseau local et international regroupant des compétences clefs aussi bien sur le plan de la recherche que de la logistique ou même des partenariats industriels.

Vous entreprenez dans le secteur traditionnel de l’agriculture et de la transformation industrielle de matière première, vivez vous un décalage avec la tendance actuelle des startups technologiques ?

Ismaël : Nous contestons cette idée de décalage. Les techniques agronomiques et le génie industriel mobilisés pour la réalisation de ce projet nécessitent des connaissances et des processus en pointe. Nous abordons donc ce projet avec le même regard novateur que l’on trouve dans les startups technologiques.

Vous recherchez actuellement un million d’euros pour installer l’usine et démarrer les activités de transformation en Cote d’Ivoire. Pourriez-vous nous décrire comment vous abordez votre levée de fonds dans cette phase d’amorçage ?

Ange : Pour cette levée de fonds, notre stratégie est multiple et vise à rassembler des acteurs très différents autours de la table :
– Les business angels qui sont parmi les premiers acteurs sur les financements d’amorçage.
– Un partenariat avec des acteurs industriels de premier plan, cet aspect vise notamment à rassurer les diverses structures de financement quant à la crédibilité du projet.
– Les organisations régionales et internationales (de type Banque Africaine de Développement, par exemple) qui permettent d’aller chercher des financements complémentaires.
La réussite de cette levée de fonds passera par notre capacité à mobiliser autour du projet et harmoniser les intérêts des différents acteurs.

Vous avez été la première startup accompagnée par le Fonds Hébé, pourriez-vous nous décrire en quoi consiste l’accompagnement et dans quelle mesure celui-ci vous a été utile ?

Ange & Ismaël  : Tout d’abord, nous tenons à dire que nous sommes très honorés d’avoir amorcé ce programme. Nous pensons que cette initiative répond à un besoin de la jeunesse. En ce qui concerne Koumen, les expériences et compétences des accompagnateurs bénévoles dans les domaines de la création d’entreprise, du marketing et dans le domaine juridique nous ont été fortes utiles et ont accéléré la prise de décisions sur la stratégie commerciale, le montage juridique de la société et la critique du business plan.

Sur la base de votre expérience de jeunes entrepreneurs, pourriez-vous avancer une mesure concrète qui serait de nature à favoriser la prise d’initiative par les jeunes en France ?

Ange & Ismaël : Comme pour les majorités des questions de sociétés, nous pensons que la principale des mesures se trouve dans l’éducation. Une formation à l’entreprenariat élargie à tous élèves et étudiants permettrait de booster ceux qui ont la fibre de la création d’entreprise. Le jeune formé éviterait ainsi bon nombre d’erreurs faites lors de l’élaboration des projets et de l’amorçage. L’allocation de fonds consacrés au financement des jeunes entrepreneurs serait plus efficace. Les jeunes non intéressés auraient tout de même été sensibilisés aux mécanismes régissant le domaine de la création d’entreprise et aborderait le monde du travail sous un autre angle.

Pour aller plus loin : http://koumen.fr/

Stéphane Daniel

Propos recueillis par Stéphane Daniel, co-fondateur et administrateur du Cercle Hébé et du Fonds Hébé

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