Sursaut républicain dans une société en plein virage numérique

Au lendemain des élections régionales 2015, L’Hébé donne la parole à de jeunes militants de droite et de gauche afin qu’ils nous livrent les leçons qu’ils tirent du scrutin .

Jonas Haddad, Avocat, Responsable des Jeunes Republicains de Normandie et spécialiste des enjeux numérique/entrepreneuriat propose son analyse dans cette tribune.

Le Front National ne gouvernera aucune région. Cette issue positive nous place dans un sentiment double : d’une part, le soulagement de savoir que des villes comme Nice, Marseille, Lille, Strasbourg, ces villes-miroirs de la France, n’évoluent pas dans des régions tenues par des responsables extrémistes. Mais d’autre part, le sentiment d’être passés tout près de la catastrophe et de se remettre en question. Responsables, nous le sommes tous. Les politiques bien sûr, mais aussi les médias qui ont parfois joué à se faire peur avec le FN, ainsi que tous les acteurs qui n’ont pas réussi à endiguer le chômage et les questions identitaires profondes.

Nous changeons de monde

Tous ceux qui ont accès à la parole publique doivent désormais le dire sans ambages : nous changeons de monde sans l’avoir dit clairement aux Français. Notre économie et notre société basculent dans cet univers numérique qui accélère les carrières, qui détruit des emplois et crée des opportunités exceptionnelles en termes de création d’entreprise ou d’amélioration de la santé. Notre société européenne se détache en termes de progrès technologique et démocratique, elle attire des centaines de milliers d’étrangers qui vivent la barbarie au quotidien. Ce fossé qui se creuse devra bien se résorber et ce sera aux jeunes de droite de le faire.

Si le Gouvernement dirigé par un Premier Ministre communicant de profession n’aura proposé aucune mesure concrète et véritablement révolutionnaire, personne ne peut contester que ce Gouvernement tente d’appréhender et de répondre aux mutations profondes d’une économie qui se transforme à la vitesse d’un algorithme. Une ampleur que beaucoup de responsables politiques de droite, sauf exceptions, ne semblent pas percevoir. Triste constat à l’heure où toutes les études mettent en évidence le fait que l’économie numérique sera la locomotive de notre croissance de demain et quand les ruptures numériques irriguent toutes les sphères de la société.

Une loi collaborative : vers un crowdfunding législatif ?

Le Gouvernement a tout d’abord été à l’initiative d’une méthodologie tout à fait nouvelle pour la confection des lois. Sous l’impulsion de la Secrétaire d’Etat chargée du numérique, Axelle Lemaire, la grande loi sur le numérique de cette fin d’année 2015 sera « collaborative ».
Si les résultats de cette grande consultation ne sont pas encore connus, cette expérience a le mérite d’offrir aux citoyens l’opportunité de devenir acteurs dans le processus législatif. Comment en effet continuer à concevoir un système politique concentré entre les mains de quelques-uns alors que la liberté d’expression et l’accès au savoir ont partout été décuplés avec l’essor du numérique. A la droite d’éviter le communisme législatif et de pointer que si la méthode est bonne, le Parlement souverain doit garder la haute main sur l’équilibre des lois sans céder à la pression de certains internautes qualifiés de « trolls ».

Loi « Macron II » : une législation dérogatoire pour nos startups

Sur le fond aussi quelques pistes ont été lancées pour faire en sorte de moderniser et d’adapter notre pays aux nouvelles exigences de l’économie numérique. Le Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a par exemple présenté la semaine dernière les grandes lignes de la future « Loi Macron II » ou il sera notamment question d’offrir la possibilité aux startups du numérique d’obtenir des dérogations à notre complexe et trop rigide droit du travail afin de tester leurs modèles d’affaires innovants.

La loi devrait également doter l’autorité de la concurrence de nouvelles compétences d’informaticiens et des data scientists, afin de déceler des comportements anticoncurrentiels liés à la collecte des données ou aux distorsions issues du fonctionnement des algorithmes : le nerf de la guerre pour la compétitivité de nos startups.

Ne pas offrir à la gauche un nouveau monopole

Sur tous ces sujets la droite et ses responsables politiques sont malheureusement très souvent absents ou pire encore y sont complètement étrangers. Mis à part certains parlementaires républicains chevronnés, aucune prise de position d’envergure n’a été entendue de la part de notre famille politique sur le projet de loi pour une République numérique, et aucune vision commune et globale n’a encore été avancée pour répondre aux nouveaux besoins des acteurs de notre économie numérique. Un paradoxe !

En 2007, les entrepreneurs de la nouvelle économie avaient clairement basculés vers une droite moderne et valorisant la prise de risque. En 2015, les mêmes ont déserté la Droite républicaine qui a déçu et commencent à se tourner vers des socialistes qui ont le mérite de les brosser (depuis quelques mois) dans le sens du poil et à la manière d’un banquier d’affaires qu’est Macron.

Notre famille politique devrait au contraire être particulièrement alerte sur ces sujets qui concernent nombreux de nos entrepreneurs et, notamment vis à vis d’une jeunesse qui souhaite avoir le courage d’assumer ses projet en se lançant dans l’aventure entrepreneuriale.
Pas question de laisser à la gauche un nouveau monopole idéologico-politique dans un domaine où la droite devrait être en première ligne.

L’alternance en 2017 ne reposera pas seulement sur le rejet massif du bilan catastrophique de François Hollande, mais aussi et surtout sur notre capacité à comprendre et anticiper les enjeux économiques des trente prochaines années…

Jonas

Jonas Haddad, Avocat, Responsable des Jeunes Republicains de Normandie et spécialiste des enjeux numérique/entrepreneuriat

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