Réanimons le rêve Français !

Crédit photo : Jean-François Monier/TopShots/AFP

Tous les mois, L’Hébé donne la parole à ses invités afin qu’ils partagent leur vision et ambition pour la jeunesse. Philippe Tibi, Professeur à Polytechnique ancien Président de l’Association des Marchés Financiers (Amafi) et ancien Président d’UBS France nous livre sa vision.

La France a été brutalement attaquée le 13 novembre. Elle a depuis déployé un ensemble de mesures législatives, judiciaires, policières, militaires et diplomatiques. La lutte contre les terroristes est une priorité évidente. Elle ne nous dispense pas de réfléchir à la mobilisation des citoyens français pour la défense de la République contre ses démons intérieurs.

L’attaque subie par la France n’est en effet ni comparable au 11 septembre ni à Pearl Harbour. L’agression est peut être commanditée de l’étranger, mais elle a été principalement exécutée par des terroristes français. Certes, il est impératif de faire la guerre sur les théâtres extérieurs, mais aussi et surtout en France. Mais de quelle « guerre », s’agit-il ? Guerre au chômage, à la désintégration sociale et à la régression intellectuelle, sans respecter le statu quo.

La crise de l’avenir

Le statu quo est désormais insupportable. Notre pays est en proie à une véritable crise de l’avenir. Selon des enquêtes internationales, l’opinion française se distingue par son pessimisme. Le changement est perçu comme une menace, le chômage comme une fatalité, le progrès technique comme une machine à fabriquer des exclus ou à détruire des styles de vie. L’ordre du jour est de maintenir, de protéger et de sauvegarder, au nom d’un principe de précaution généralisé. Difficile, dans ce cadre, de proposer un avenir aux générations montantes. Comment rebondir? La priorité n’est plus d’apaiser les « âmes mortes » ou de convertir des fanatiques sectaires aux vertus du « vivre-ensemble ». Elle est de rassembler les Français autour d’un socle de croyances partagées : les valeurs de la République, le roman national ou bien le rêve français.

A quoi sert de « rêver »? D’abord à renforcer la société autour de valeurs positives et essentielles. Ensuite à éradiquer les ferments de guerre civile, en « cassant » les déterminismes sociaux et culturels. Enfin à surmonter les crises économiques, comme le démontrent les exemples de la Chine et des Etats-Unis depuis 2008. Faute de volonté politique et de stratégie économique, le rêve français se délite depuis plusieurs décennies. Il nous appartient de le réanimer, sous le feu.

Le rêve français

L’ambition de réanimer le rêve français est donc un souffle qui traverse l’ensemble du corps social. Elle ne peut être décrite dans une collection de décisions techniques. Il est nécessaire de faire entrer la société dans le jeu pour que « l’espoir change de camp et que le combat change d’âme ».
Les institutions politiques ont multiplié renoncements et évitements. Leur influence n’est plus décisive dans le débat public. En conséquence, deux fausses conceptions de la société se font face. La première considère que la République est une mosaïque de communautés vaquant séparément à leurs occupations, dans le cadre d’une cohabitation sans contenu affectif. La seconde veut fermer la Nation à une immigration incapable de comprendre ses valeurs. Ces deux vues ne disent rien du rayonnement et de l’universalité de la culture française. Cette question est centrale et mérite de plus amples développements. Bornons nous, dans le cadre imparti à partager avec nos lecteurs les idées qui réclament une action urgente et déterminée.

L’Enseignement. 150000 jeunes laissés sans qualification chaque année, dont une grande majorité de garçons. La difficulté, voire l’impossibilité d’enseigner dans de nombreux quartiers. Des professeurs peu soutenus face à des classes agressives. Une mobilité sociale en régression, faisant fi de la promesse républicaine. La plupart des terroristes sont passés par les écoles de la République…

La loi. La société s’est habituée au concept scandaleux de « zone de non droit ». Il est donc entendu que les résidents concernés ne sont ni soumis ni surtout protégés par les lois d’une République réduite au rang de concept virtuel. L’acquiescement au mépris de la loi est le triomphe des maffieux et des clans sur les citoyens. Il est le socle de la société de défiance.

Le combat idéologique. La liberté est en réalité très peu défendue par les partis politiques. La France vit une sorte de « fin de l’histoire » politique, la fiction d’une démocratie éternelle. Elle ne combat pas les propagateurs de haine et ne démonte pas le fatras des théories du complot. Elle ne touche pas, ou si lentement, aux tabous de son histoire qui instillent un sentiment de culpabilité diffus chez ses élites. Elle est stupéfaite de ne pas être « aimée » et de voir sa mission universelle contestée. C’est bien le problème.

#Noé une loi de rupture idéologique

Que peut faire l’économie dans ce contexte? Rien pour convertir des terroristes qui ne sont pas mus par un agenda politique traditionnel. Beaucoup pour donner une direction et des perspectives qui donnent du corps au rêve français. Emmanuel Macron vient de rendre publique la feuille de route de Noé (loi sur les nouvelles opportunités économiques). Elle éclaire deux thèmes qui nous paraissent spécialement importants à cet égard: la capitalisation des entreprises de croissance et la baisse des barrières à l’entrée dans certaines professions, couplée à une amélioration du statut des travailleurs de cette gig economy dont Uber est l’icône.

Le refus du déclin

Ces sujets peuvent paraître étroitement techniques. Ils ne sont certes pas décisifs sur la croissance à court terme. En effet, la croissance des jeunes firmes ne produira pas de résultats macro-économiques visibles avant cinq ou dix ans tandis que le salariat traditionnel demeurera le cadre de travail ultra-dominant. L’initiative du Ministre rompt cependant avec les paradigmes du déclin économique. Elle est donc un acte idéologique important et mobilisateur, pour trois raisons:
Elle déverrouille la transition vers l’économie de la connaissance, fondée sur l’accès libre au capital et à des ressources intellectuelles exigeantes et mobiles.

Elle donne des perspectives à des outsiders qui ne s’insèrent pas dans la société du salariat, ou qui subissent la double peine de la précarité et d’une protection sociale dégradée. Elle refuse la vulgate économique traditionnelle: « le capital, cet instrument d’oppression qui n’intéresse que les capitalistes, les rentiers ou les spéculateurs; le travail, cette obligation que l’Etat doit subventionner et qui n’existe qu’en quantité déterminée par des entreprises attachées à le réduire, etc.

Une perspective pour la jeunesse

La capitalisation des entreprises de croissance doit en effet être la priorité de notre politique industrielle. D’abord les entreprises innovantes fixent et attirent les talents sur notre territoire. Ensuite, elles alimentent un ecosystème de l’innovation qui diffuse sur l’ensemble de l’économie. Elles sont enfin un instrument de souveraineté et de puissance. Si la France, le Royaume Uni, l’Allemagne puis les Etats-Unis furent les gagnants de la Révolution industrielle, c’est parce que ces pays furent la patrie des plus grands mathématiciens, physiciens, chimistes et philosophes de leur temps.

La vertu d’une politique industrielle est de donner une perspective sur l’avenir. Elle s’adresse donc en priorité à une jeunesse souvent désespérée de ne pas trouver sa place dans une société résolue à privilégier ce qui est aux dépens de ce qui sera. Nous ne devons pas accepter de dresser le tableau d’une France figée dans ses certitudes. Le mérite des lois Macron n’est pas de changer le monde, mais de tenter de mettre en mouvement les forces qui changeront le monde.

A la jeunesse de prendre ses responsabilités!

Tibi

Philippe Tibi – Professeur à Polytechnique et ancien Président de l’Association des Marchés Financiers (Amafi) 

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